Nuit sans sommeil, une de plus. Ce n'est pas la fatigue qui manque, pourtant. J'ai probablement encore trop bu hier soir. Lorsque je suis rentré, je savais que j'allais boire. C'était une sorte de promesse de récompense après cette journée si bien remplie. J'ai fait un peu les fonds de bouteilles. La fin de la bouteille de rhum avec du jus de pamplemousse, la fin de la bouteille de gin avec une canette de Schweppes, une bière puis trois ou quatre verres de vin. Cela commence à me faire peur, cette intempérance. Je me suis surpris à réfléchir dans la voiture à ce qu'il restait à boire à la maison, en me posant la question de passer à l'épicerie pour acheter une bouteille de whisky. De toute façon, je n'ai plus d'argent. J'ai dépassé mon autorisation de découvert et je suis sûr que quelques prélèvements ont d'ores et déjà été rejetés. La faute aux impôts qui me prélèvent ces mois-ci un montant exceptionnel d'ajustement. Et la faute à moi qui ai commandé quelques DVD sur Cdiscount alors que ce n'était vraiment pas le moment. La Providence sait encore se souvenir de moi, toutefois. Alors que j'envisageais sérieusement d'aller taper mon patron pour un petit prêt amical et temporaire, un chèque m'attendait dans ma boîte aux lettres mardi soir. Un envoi de ma grand-mère. J'ai encore oublié de l'appeler pour la remercier (Maryse, veuillez noter de me rappeler de téléphoner ma grand-mère ce matin sans faute). J'ai très nettement l'impression de changer de vie ces derniers jours. Et ma conviction est que c'est celle-ci la bonne. J'ai éteint l'incendie J. à temps et j'espère qu'il ne reprendra pas sans crier gare. Me détacher de ce "monde", quitter cet univers irréel, attachant et dangereux. Cesser de cristalliser un sentiment extravagant sur ce garçon qui n'y peut rien. Disparaître et se taire. Cela m'a aidé à changer beaucoup de mes habitudes et à devenir efficace dans mon travail. Tiens, il y a au moins quinze jours que je ne me suis pas branlé. C'est un signe qui ne trompe pas, j'ai l'esprit occupé. 4h20 : on progresse.