Irrémédiablement, je fais tout pour mourir le plus vite possible. Fumer excessivement (je n'ai jamais autant fumé de toute ma vie), boire excessivement (je bois maintenant tous les jours), il y a une forme de suicide à retardement dans ce somportement. Tout ça parce que je n'ai pas le courage d'acheter un révolver et de me faire un trou, un petit trou, tout petit, sanglant et libérateur. Je m'enfonce doucement dans une sorte de néant, je rejoins ma vie, tout simplement. J'aimerais tant n'être plus dépendant des autres que je fais en sorte de m'extraire de cette condition infernale, ce cloaque puant et pathétique qu'est ma vie aujourd'hui et dont je n'attends plus rien. Je n'ai rien qui me retienne maintenant, même les enfants m'indiffèrent et je me déteste à cause de ça. Tout juste ai-je une pensée angoissée à l'idée que ma mère et ma grand-mère me perdraient et à l'anticipation de ce que pourrait être leur anéantissement et leur douleur. Mais même cela ne me retient plus vraiment aujourd'hui. Je n'ai pas d'amour, pas d'argent, pas vraiment d'amis, pas de raison de continuer à souffrir comme ça à cause des autres et à cause de moi. A cause de ma relation aux autres, toujours perturbée par le sale, la manipulation, l'incapacité à être simple et généreux, les pulsions et ces désirs incompatibles avec la réalité, avec le bien et avec le beau. Avec la laideur que je vois en moi et à l'extérieur de moi, ce corps toujours insatisfaisant et son existence aux autres toujours repoussés, toujours désirés et haïs. Je me hais. Je hais ma vie.